Seul sur Mars : à des années lumière du pessimisme ambiant !

Quand un astronaute, aussi débrouillard que MacGyver, est abandonné sur Mars avec des réserves d’air, d’eau, de nourriture limitées et aucune chance d’être secouru à temps, cela donne un Thriller de Science-fiction lumineux, drôle et réjouissant qui se dévore à toute allure.

couverture française originale de Seul sur Mars de Andy Weir


Un roman de Andy Weir
Adapté au cinéma par Ridley Scott

Lors de la mission Martienne Ares 3, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort sur la planète rouge. Lorsqu’il se réveille, bien vivant, il se rend vite compte qu’il est désormais seul sur Mars…

"Laissez-moi vous résumer ma situation : je suis coincé sur Mars, je n’ai aucun moyen de communiquer avec Hermès ou la Terre, tout le monde me croit mort et je suis dans un Habitat censé pouvoir durer trente et un jours. Si l’oxygénateur tombe en panne, je suffoque. Si le recycleur d’eau me lâche, je meurs de soif. Si l’Habitat se fissure, j’explose ou un truc comme ça. Dans le meilleur des cas, je finirai par crever de faim. Ouais, je crois bien que je suis foutu."

L’idée d’un astronaute perdu sur Mars n’est pas exactement une nouveauté, puisque le film "Robinson Crusoé sur Mars" de Byron Haskin, sorti en 1964 portait à l’écran le roman de Daniel Defoe en transposant l’action sur la planète rouge.

Dans Seul sur Mars de Andy Weir, vous prenez un soupçon de MacGyver, une pincée de Robinson Crusoé, vous assaisonnez le tout d’un humour potache, d’un positivisme à toute épreuve, d’une compilation Disco et de séries TV des 70’s et vous obtenez un réjouissant thriller de Science-fiction, porté à l’écran par Ridley Scott en 2015.


Mark Watney est laissé pour mort sur la planète rouge


Mark Watney n’est pas vraiment seul sur Mars : ses copains les lecteurs sont là !



D’entrée de jeu, le personnage de Mark Watney emporte l’adhésion et devient, en quelques pages, un vieux copain. Il faut dire qu’il possède une telle niaque, un tel optimisme solaire, une ingéniosité tellement invraisemblable que forcément on est plein d’empathie et on rigole souvent.

"- Ça doit être affreux, pensa-t-il tout haut. Être coincé là-bas. Il est persuadé d'être seul, d'avoir été totalement abandonné. Quels peuvent être les effets d'une telle situation sur la psyché humaine? (Il se retourna vers Venkat.) Je me demande ce qu'il pense en ce moment.

Journal de bord : Sol 61

Comment se fait-il qu'Aquaman puisse contrôler les baleines? Ce sont des mammifères ! C'est débile."

Au cinéma il est campé par un Matt Damon très convaincant avec sa bouille de type sympa et pince-sans-rire qui correspond parfaitement à l’image que le roman nous donne du personnage.

Ce mec est tellement rempli à ras bord d’une assurance indéboulonnable que le récit qu’il fait de sa survie est extrêmement ludique et l’on se surprend à avaler des pages et des pages d’éléments assez techniques, comme si l’on suivait les cours d’un prof de techno/science vraiment très passionnant.

Et puis, Watney ne pleurniche pas, Watney ne doute pas, ou alors pas longtemps. Car, Watney veut rentrer sur Terre, Watney veut survivre et ce n’est certainement pas une situation, en apparence totalement insurmontable, qui va l’en empêcher.


Mark Watney, la rage de vivre !


Penser positif : pourquoi ? Parce qu’on peut !



En fait, bien plus qu’un survival, Seul sur Mars est surtout un roman qui fait du bien (un feel good book comme disent nos amis anglophones). Il s’agit là d’une Science-fiction qui est à la fois à hauteur d’homme et bigger than life, mais surtout tellement outrageusement positive qu’elle en provoquerait presque un orgasme cérébral tant c’est rafraichissant dans le paysage audiovisuel et littéraire de la Science-fiction actuelle.

Car, le bouquin (et le film) célèbre naïvement le génie humain et la toute-puissance de la technologie : vive la science, vive la NASA, America Fuck Yeaahhh !!! Si vous êtes allergique à ce genre de trucs et que vous n’avez pas aimé Space Cowboys et Apollo 13, si le projet Curiosity sur Mars ne vous exalte pas ou si les images de Pluton envoyées par New Horizons ne vous intéressent pas, inutile de dire que, ni le roman, ni le film, ne vont vous plaire.

D’ailleurs Andy Weir (de même que Drew Goddard et Ridley Scott dans l’adaptation cinématographique) se fout comme d’une guigne du contexte géopolitique actuel : dans ce futur proche, il est facile de récolter des millions et des millions de dollars pour monter des expéditions Martiennes à tour de bras. Pour la science, pour l’Humain…parce que…parce qu’on peut, c’est tout.

Or, quand on est, comme moi, complètement lassé (pour ne pas dire insupporté) par le nihilisme ambiant et que l’on n’aime pas davantage la philosophie de supermarché des blockbusters prétendument Hard SF récents, cet angélisme forcené et naïf a de quoi plaire.

"Les êtres humains ne peuvent s'empêcher de s'entraider. C'est instinctif. On peut en douter parfois, mais c'est la vérité. Quand un randonneur se perd dans la montagne, les gens organisent et coordonnent des recherches. Quand il y a un accident ferroviaire, les gens font la queue pour donner leur sang. Quand un tremblement de terre rase une ville, l'aide afflue de toutes les régions du monde. C'est une attitude fondamentalement humaine qu'on la retrouve dans toute les culture, sans exception"


Et le réalisme scientifique dans tout ça ? 


le vent a une force quasi nulle sur Mars


Seul sur Mars est souvent décrit comme un roman de Hard SF. Si Andy Weir s’est solidement documenté pour écrire son roman, on est quand même loin de la rigueur d’un Kim Stanley Robinson et de sa Trilogie de Mars. Le roman, bien plus que le film, nage entre les eaux du réalisme total et de la licence artistique pour les besoins du récit et du spectacle.

Le postulat même du roman est, de l’aveu même de l’auteur, strictement impossible puisqu’en raison d’une pression atmosphérique très faible, les tempêtes martiennes, impressionnantes visuellement, font l’effet d’une légère brise, de nature à encrasser le matériel sur la durée, mais incapable d’infliger des dommages physiques réels aux structures et aux hommes.

Une licence artistique qu’il nous est demandé d’accepter, le reste du roman étant plutôt bien documenté et rendu digeste, ludique même comme je l’écrivais plus haut, par un Andy Weir à l’écriture simple et efficace (le roman est majoritairement raconté sous forme d’un journal de bord tenu par le personnage principal).

Par ailleurs, Mark Watney remplace vraiment le beurre et la margarine dans cette histoire, car il surmonte les problèmes les plus improbables, méthodiquement, à mesure qu’ils se produisent, avec un sang-froid et un professionnalisme à toute épreuve.

"Il y avait aussi un message de ma fac, l’université de Chicago. D’après eux, quand on a cultivé une terre, on en devient le colonisateur officiel. Donc, techniquement, j’ai colonisé Mars. Dans ta face, Neil Armstrong !"

Il est à noter que le film de Ridley Scott est nettement moins plausible (et nettement moins bon) que le roman, même si les aspects en rapport avec la survie du protagoniste sont à peu près crédibles. Je déplore en particulier deux scènes particulièrement improbables en milieu et en fin de film qui sacrifient la vraisemblance au spectacle : ce qui passe à l’écrit endormirait le spectateur de blockbuster. Dommage !

Cela dit, il est plutôt fidèle au roman et dispose d’un casting efficace, Matt Damon bien entendu, mais aussi Jessica Chastain, Kate Mara, Jeff Daniels, Kristen Wiig et surtout Chiwetel Ejiofor, acteur que j’adore. Je le prends comme un petit bonus pour ceux qui auraient aimé le livre et voudrait prolonger le plaisir.


Lira ? Lira pas ?



Lira, bien entendu ! Seul sur Mars est un excellent roman de divertissement. C’est rapide (moins de 500 pages), précis, efficace et surtout très fun et positif. Un vrai plaisir à lire. Si vous aimez une Science-fiction lumineuse et que l’exploration spatiale moderne vous intéresse, ce bouquin devrait vous plaire.

Si vous êtes un vieux baroudeur de la SF, le livre vous paraitra peut-être léger, mais le divertissement fonctionnera quand même, donc ça ne vaut pas le coup de bouder son plaisir.

Nicolas G.



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