mardi 7 mars 2017

120 nuances d’Afrique

Dans une anthologie de circonstance bellement menée, l’éditeur Bruno Doucey présente les voies poétiques de l’Afrique et dessine l’imaginaire-monde d’un continent.



120 nuances d’Afrique : anthologie du 19ème Printemps des Poètes établie par Bruno Doucey, Nimrod et Christian Poslaniec.

Dans le domaine poétique, l’exercice de l’anthologie thématique de circonstance est assez périlleux si on ne veut pas tomber dans le niais ou le cliché. En effet, on ne compte plus les recueils de « 100 plus beaux poèmes pour dire Je t’aime », rapport à la Saint-Valentin, ou bien de « 150 plus tendres poèmes pour maman (ou papa) », en tête de gondole pour la fête des mères (ou des pères, donc). 


Plus sérieusement, l’éditeur Bruno Doucey propose pour ce Printemps des poètes dédié à l’Afrique (ou aux Afriques, selon l’heureuse ambiguïté de son intitulé) une anthologie de multiplicité et de profondeur. L’originalité et la force de ce livre, c’est de s’ouvrir à la complexité qui habite justement le mot Afrique. Les auteurs convoqués viennent littéralement de tous les horizons : des Antilles à Mayotte en passant par les USA, depuis les côtes méditerranéennes, en longeant celles du Cap de Bonne-Espérance,  jusqu’au golfe d’Aden.

Ils ont tous en commun d’écrire en regardant vers ce que représente la diversité africaine dans leur intimité d’individu. Et divers, leurs textes le sont : chants presque idylliques des sociétés ancestrales sahariennes (Lekbir), descriptions hantées de villes délétères (Koulsy Lamko), chroniques inquiètes des printemps arabes (Moncef Ouhaibi), errances amères et rimbaldiennes (Samira Negrouche), révoltes et murmures des exilés (Nimrod), voix des ainés panthéonisés qu’on prend plaisir à redécouvrir (Edmond Jabès)…
Au bout du compte, c’est plus qu’un continent qui s’ouvre à nous, c’est un monde.

On sent que les anthologistes réunis autour de Bruno Doucey ont voulu se défier des frontières. Ils nous montrent ainsi que dans le nom « Afrique » se cache avant tout un imaginaire, et que cet imaginaire est justement plus que le nom qui l’engendre.
Dans les voix réunies ici, l’Afrique est partout et nulle part, à la fois fantôme et vivante en poésie. 

Guillaume B. Bibliothécaire 

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